Traversée Cape May-New York (Atlantic Highlands) – 26 et 27 juillet 2020

Le 26 juillet, c’est le vrai départ de Cape May. 5-10-15 nœuds de vent annoncés du sud-ouest, juste parfait pour nous pousser jusqu’à New York.

Nous levons l’ancre à 7h du matin. Seb a fait tout un travail sur le guindeau et la remontée se fait à merveille.

La sortie de l’inlet se passe bien, nous avions synchronisé notre départ avec l’étale.

Nous prenons la mer à moteur, nous le savons, les trois premières heures devraient être à vents faibles, presque sans vague. Les filles jouent, personne n’a demandé de médicaments.

Vers 10h45 nous montons les voiles, toutes les deux grandes ouvertes. Le vent est bon, au grand largue, et nous avançons bien à 5 nœuds sur une mer à peine houleuse haute de 2 pieds, assez longue.

Le vent se met à faiblir et devient plein arrière. Le génois se borde à contre. Qu’à cela ne tienne, naviguons en ciseaux! Naviguer en ciseau consiste à ouvrir la grand-voile d’un côté et le génois de l’autre. Il faut bien assurer ses voiles car avec un vent plein arrière il est facile d’empanner la grand-voile (empanner veut dire que la grand-voile passe soudainement de l’autre côté du bateau, et si le mouvement est fait trop rapidement, on peut arracher pas mal de choses et être dans le gros caca!). Nous attachons une retenue de bôme sur notre grand-voile et nous filons un superbe 6 nœuds avec 10 nœuds de vent. Wouhou!

Naviguer en ciseau

À 16h45, il est clair que nous allons tout droit dans un grain (averse ou orage soudain et souvent fort). Ça ne nous tente pas, nous faisons faire demi-tour à Océo, nous prenons 2 ris et roulons le génois. Juste à temps, les rafales atteignent 25 nœuds et une petite pluie nous tombe dessus. En rebroussant chemin, nous avons évité le pire, et nous reprenons notre cap vers New York une heure plus tard.

Mais la mer ne l’entend pas ainsi. Les gros rouleaux générés par l’orages atteignent maintenant 6 pieds de haut. Rien de dangereux, mais tellement désagréable! Et pour aider, le vent est presque tombé, donc les voiles n’arrivent pas à stabiliser Océo dans les vagues.

Nous décidons de lâcher au moins un ris pour nous aider. AVERTISSEMENT : AVALANCHE DE TERMES TECHNIQUES ICI! Les ris sont ramenés au cockpit par un système de poulies qui passent dans la bôme. La bosse de ris a entraîné un des petits cordages du lazy bag dans une de ces poulies et tout est maintenant coincé. Je tire, je pousse, rien n’y fait. J’appelle Seb à la rescousse. Pas plus de succès. Seb prend ciseaux et pinces et coupe le cordage du lazy bag. Enfin, on peut lâcher notre ris. Faire des acrobaties, c’est bien, mais par une mer de 4 à 6 pieds de vagues, c’est pas mal moins amusant!

Même avec le ris lâché, le vent n’est pas assez efficace pour contrer la houle. Nous partons le moteur que nous garderons jusqu’à Atlantic Highlands.

Après l’histoire du ris, j’étais passablement découragée. Les traversées n’ont pas été faciles pour moi. On dirait qu’à chacune d’entre elles, il y avait toujours une raison de stresser, quelque chose qui brise, une mer démontée, des prévisions erronées… Je m’étais dit qu’en choisissant notre fenêtre pour être tranquilles, nous aurions peut-être une belle traversée de Cape May à New York et que je pourrais me réconcilier avec la chose. Mais ça n’aura pas été le cas. J’avais juste hâte que ça finisse…

Peut-être que la mer m’a entendue à ce moment (même si pourtant je n’avais pas parlé à voix haute!). J’ai couché les filles vers 21h et je me suis reposée pour prendre mon quart à 22h. Le vent s’est mis à souffler un peu et quand j’ai pris la barre, nous étions dans une petite houle confortable bien stabilisés par un vent constant de 10 nœuds.

Mon quart se passe sans encombre. Il y a un peu de lune mais ce qui éclaire l’océan, c’est surtout la pollution lumineuse de la côte. Nous sommes environ à 3 miles de là et la lumière générée me permet de voir la forme des vagues. Une fois n’est pas coutume, je suis contente qu’il y ait de la pollution!

Seb prend son quart à minuit. Je m’installe pour me reposer (nous dormons toujours à côté du barreur dans le cockpit au cas où il y aurait quelque chose), et une demi-heure plus tard Seb me réveille : il y a des crabs pots sur notre chemin. Des foutus crabs pots en plein océan par 60 pieds de profond! Comme nous sommes à moteur, c’est problématique. La lune vient de se coucher et je passe un bon vingt minutes à scanner l’avant du bateau avec notre méga lampe torche. Il y en avait 4 ou 5, puis plus rien. Peut-être que ce n’étaient pas des articles de pêche, peut-être était-ce des bouées de recherche… en tout cas, elles n’étaient pas sur les cartes et surtout pas dans les zones désignées de pêche ou d’étude. On a eu chaud!

Nous décidons aussi de ralentir la cadence sinon nous aborderons le port de New York avant le lever du soleil. C’est bien balisé et on peut même dire éclairé mais nous désirons nous ancrer de jour donc nous réduisons le régime moteur.

Quand je reprends la barre à 2h, le vent forcit un peu. Les modèles météo mis à jour en après-midi nous donnaient plein d’options qui n’existaient pas le matin-même.

Nous avions le choix de croire le modèle 1 : 12 nœuds de vent du sud, faiblissant au cours de la nuit.

Ou le modèle 2 : 15 nœuds de vent du sud-ouest avec rafales à 20.

Ou encore le modèle 3 : 19 nœuds de vent réel plus rafales du sud-ouest virant au nord-ouest à la fin de la nuit.

Misère. Filons donc en ligne droite jusqu’à New York pis on verra ce qui arrivera pour vrai! Un ris dans la grand-voile, le moteur qui roule à bas régime pour ne pas arriver trop tôt à Cape May, et en avant.

Je jette un œil fréquemment pour m’assurer qu’on ne croise pas d’autres flotteurs non identifiés. Nous ne sommes pas sur la route des grands cargos, pas trop de stress de ce côté. Nous croisons quelques petits bateaux de pêche mais il n’y a pas grand monde sur l’eau. C’est assez exceptionnel sur cette portion de l’océan.

À 4h, Seb se réveille comme avec un cadran interne et c’est son tour de prendre la barre. Le soleil qui se lève vers 6 heures me réveille, j’ai dormi comme un loir!

Lever de soleil sur l’Atlantique

Nous sommes à contre-courant pour entrer dans le port de New York. La marée descend vers nous mais le vent est très faible ce qui ne nous cause pas de vagues démesurées. À part aller juste à 3 nœuds, pas de désagrément. Nous nous ancrons derrière le brise-vagues d’Atlantic Highlands à 8h. Enfin. C’est fini.

C’est fini les traversées, la mer. Je suis contente, je suis triste. J’aurais aimé aimer les traversées. Me perdre dans des contemplations comme on en lit dans les livres, ou comme les amis nous les ont décrites, ceux qui les ont vécues. Ça n’aura pas été pour moi. Pas pour ce voyage-là.

Un comité d’accueil nous souhaite la bienvenue : 2 stingrays viennent jouer à la surface de l’eau autour d’Océo pendant que nous sirotons notre café. La Metta nous rejoint à ce moment, elle aussi arrive de la mer.

La Metta à Atlantic Highlands

Notre prochaine étape est de remonter la rivière Hudson. Pas d’arrêt à New York pour nous. Après le virus, peut-être reviendrons-nous profiter de cette ville si spéciale. Pour l’instant, reposons-nous de notre nuit de navigation!

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