Une étape à la fois, de Staniel Cay à Fort Pierce – 28 au 31 mars 2020

28 mars 2020. Staniel Cay, Exumas, Bahamas. On attend les premières lueurs du soleil pour lever l’ancre.

290 miles nautiques à faire jusqu’à Fort Pierce, Floride. C’est beaucoup. Autour de 50h. Pas beaucoup de vagues, donc pas beaucoup de vent. Nous sommes assez approvisionnés en diesel mais on n’aime pas trop l’idée de le consommer tout de suite… On verra.

En route.

Exuma Bank

Nous traversons le banc des Exumas, passons sous l’île de New Providence, direction le TOTO: Tongue Of The Ocean, un bras de mer qui sépare le Great Bahama Bank du Exumas Bank. Quand l’océan passe subitement de plusieurs milliers de pieds à moins de 20 pieds en peu de distance, ça crée des conditions sportives. Quand on est fatigués, qu’on navigue stressés depuis deux semaines et que le soleil est en train de se coucher, on trouve les minutes longues.

Mais nous avons fait des quarts. 2h chacun notre tour pour la nuit. Tout s’est bien passé. Toutefois vers 2h du matin, une fois entré sur le Great Bahama Bank, nous décidons d’ancrer pour nous reposer un peu au Northwest Channel Shoal.

7h du matin dimanche 29 mars.
On lève l’ancre vers les îles Isaac. De ce point, nous traverserons le Gulf Stream vers le continent.

Le banc est agité, une vague courte directement derrière nous, pas de vent, on se fait brasser un peu. Si ça peut finir…

14h30. La vague s’est calmé. J’ai pu faire la montagne de vaisselle et cuire des pâtes pour le souper qui se prendra dans le Gulf Stream. Si il peut être calme comme le Banc, on ne se fera pas trop brasser.

16h30. Au revoir Bahamas. Le turquoise du banc laisse place au cobalt des grandes profondeurs. Plusieurs bateaux de croisière sont ancrés ici. Il semble que ce soit leur lieu de mouillage désigné.

Avant de sortir du banc des Bahamas, nous changeons nos plans. Au lieu de pointer vers Fort Pierce nous irons plutôt vers Port Canaveral plus au nord. Le Gulf Stream est calme, nous arriverons de jour et nous n’aurons pas besoin de prendre un taxi pour aller demander notre cruising permit à l’aéroport (le moins possible de lieux achalandés).

L’ennui, c’est que nous n’avons plus de signal internet. Notre météo est à jour mais on aurait bien aimé vérifier 2 ou 3 détails…

18h. Les filles mangent devant leur méga marathon de films. Nous n’avons pas une réserve infinie de films et elles commencent à connaître toutes les répliques par coeur!

Le Gulf Stream a mis ses plus beaux habits pour moi. Peut-être pour faire pardonner la façon dont son ami TOTO nous a traité. Presque pas de vagues. Mais presque pas de vent non plus, ce qui veut dire moteur.

2h15 du matin, 30 mars. Je compte les minutes qu’il me reste avant de réveiller Seb. Exactement 75. C’est long. Au moins, c’est Germain qui fait tout le travail, je n’ai qu’à surveiller les cargos qui semblent tous vouloir nous voir de près!

Est-ce que je vous ai parlé de Germain? C’est notre pilote automatique. Nous l’avons très peu utilisé pendant le voyage. La vague et le vent rendaient souvent son utilisation difficile mais avec les conditions présentes, c’est l’idéal.

9h. Je m’extasie sur l’odeur d’humus que le vent d’ouest nous amène. Nous sommes à 17 miles au large de la côte de Floride et les odeurs voyagent jusque-là. L’odeur du continent. Je me demande si les premiers explorateurs l’ont senti aussi…

11h15. Il nous reste 25 miles à faire. Nous entendons enfin  le bling du signal internet qui vient de rejoindre notre Skyroam, bidule qui nous permet de capter des signaux internet de plusieurs pays. Vite, on met nos données à jour… Je fais une recherche pour les détails de l’entrée à Port Canaveral… et MERDE! L’écluse qui nous permet de rejoindre l’Intracostal est fermée. Jusqu’à la fin avril. Pour travaux. Et la météo n’est pas propice à reprendre le Gulf Stream tout de suite!

On est fatigués et écoeurés. On sauterait bien hors du bateau pour rejoindre la côte et laisser le bateau dériver au large. Mais on prend ce qui nous reste de courage et on vire de bord. On remet le nez du bateau en direction de Fort Pierce, 42 miles au sud. ETA: 17h30.

J’annonce la nouvelle aux filles. Je dis qu’on a fait une erreur et qu’il faut faire 5 heures de plus en mer. Daphnée et Livia disent « ok » et retournent à leurs jeux. Mathilde me dit « maman, c’est pas grave, ça va aller tu vas voir!. » Nous avons vraiment des enfants extraordinaires.

Navigation sans pépin jusqu’à Fort Pierce, à part le souci de manquer de diesel, ce qui n’arrivera heureusement pas.

Entrée dans l’inlet vers 17h, ancrés devant le bâtiment de la U.S. Coast Guard vers 17h45.

À 18h15, nous faisons notre entrée électronique avec CBP ROAM, la nouvelle application de douanes. Un agent nous appelle 10 minutes plus tard en conversation vidéo, il confirme nos identités et nous souhaite bienvenue aux États-Unis. Il termine en nous recommandant: « stay safe! ». Oui monsieur. On essaie. Très fort.

Une chose de faite. Nous sommes aux USA. À trois jours de voiture du Québec si nécessaire.

Nous ferons notre chemin vers le nord. Un peu. Nous ferons des provisions. Puis nous verrons. Une étape a la fois.

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