Fin de saison 2018 pleine d’émotions

On voit souvent des bateaux échoués ou coulés sur internet. Ça arrive un peu partout dans le monde, mais quand ça arrive sous nos yeux, notre gorge se serre et les larmes montent. L’impuissance totale devant un tel désastre est vraiment troublante.

Jeudi soir devant l’annonce de vents de 60kn et de vagues de 6 à 9 pieds nous avons mis quelques affaires dans un sac et nous sommes partis de la maison pour sécuriser Océo. Nous avons demandé à nous attacher à un quai pour la nuit.

Malgré la noirceur un peu stressante pour approcher un quai inconnu, nous nous sommes amarrés pour la nuit avec l’aide de nos amis de Vivere qui se trouvaient tout près. Une chance… le lendemain matin dès 8h, le vent s’est déchaîné, les petites pluies fouettaient le visage et les bateaux ont commencé à tirer sur leurs amarres. Et par le fait même, nous avons commencé à aider les bateaux qui avaient besoin de renforcer leurs liens.

Vision apocalyptique de voir des vagues brunes et noires déferlantes de 4 pieds à quelques mètres DERRIÈRE le brise-vague. Nous avons même changé de quai car nous étions trop près de l’extrémité et ça brassait vraiment fort. On s’est rapproché du quai de service… de la terre ferme.

En après-midi, un voilier du champ de mooring est venu s’échouer contre le brise-vague. Les employés de la marina ont héroïquement tenté de le sauver au prix de leur propre bateau qui a fini par couler lui aussi, s’étant pris le pied de moteur dans une amarre flottant sous le voilier en détresse. 2h plus tard on ne voyait plus que le mât et l’éolienne de ce voilier.  Le cerveau qui tourne à 100 à l’heure pour trouver une idée de ce que l’on pourrait faire… sans trouver. Le cœur gros, on retourne sur notre voilier en souhaitant que ça ne nous arrive jamais.

Puis un deuxième bateau a décroché. Il est aussi allé dans le brise-vague, mais dans un endroit moins profond. Il n’a donc pas coulé au complet mais il est clair que l’eau est entrée au moins dans tout le compartiment moteur… c’est du moins ce que je me disais sur le coup. Mais lorsque je l’ai vu sorti de l’eau quelques jours plus tard, j’ai pleuré face à ses immenses blessures. Sa coque était sauvagement perforée. Il semble impossible à sauver.

Vers 19h je suis ressortie avant la noirceur complète, vérifier que Perla, voilier de nos amis, était encore en bonne posture. Je regardais au loin mais soudain, un bateau m’est passé sous le nez. Horreur, Malik, bateau ami aussi, naviguait vers le brise-vague, son génois un peu ouvert, mais vers un coin beaucoup moins profond. Ce qui l’a probablement sauvé. Sa quille a accroché, il s’est arrêté à 6 pieds des roches. Les propriétaires sont arrivés peu après, ont réussi à sortir Malik de là.

Nous avons décidé de rester au bateau jusqu’à ce matin question de laisser les vents virer au nord et s’assurer que Océo est en sécurité, même au quai.

Je crois que je suis encore sous le choc. J’ai le cœur dans la gorge. J’aurais plein de choses terre à terre à faire, j’ai même une assemblée syndicale importante aujourd’hui. Mais ma tête ne semble pas capable de se mettre en mode « fonctionnement efficace ».  J’ai besoin de temps pour absorber les émotions vécues en fin de semaine.

Si nous regardons les choses d’un angle plus positif, nous sommes contents de notre réaction. Nous avons pris les bonnes décisions, nous avons eu la chance d’être en mesure de nous rendre à Océo au bon moment… Nous avons travaillé fort et aidé ceux qui nous entouraient du mieux que nous le pouvions. Nous sommes fiers de nous, et nous avons pu constater de grande façon l’entraide dans le monde du bateau. Beaucoup de gens étaient présents pour assister tous ceux qui en avaient besoin… Ça, dans notre société d’aujourd’hui, ça réchauffe le cœur. Notre cœur gros.

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