Traversée Cape May-New York (Atlantic Highlands) – 26 et 27 juillet 2020

Le 26 juillet, c’est le vrai départ de Cape May. 5-10-15 nœuds de vent annoncés du sud-ouest, juste parfait pour nous pousser jusqu’à New York.

Nous levons l’ancre à 7h du matin. Seb a fait tout un travail sur le guindeau et la remontée se fait à merveille.

La sortie de l’inlet se passe bien, nous avions synchronisé notre départ avec l’étale.

Nous prenons la mer à moteur, nous le savons, les trois premières heures devraient être à vents faibles, presque sans vague. Les filles jouent, personne n’a demandé de médicaments.

Vers 10h45 nous montons les voiles, toutes les deux grandes ouvertes. Le vent est bon, au grand largue, et nous avançons bien à 5 nœuds sur une mer à peine houleuse haute de 2 pieds, assez longue.

Le vent se met à faiblir et devient plein arrière. Le génois se borde à contre. Qu’à cela ne tienne, naviguons en ciseaux! Naviguer en ciseau consiste à ouvrir la grand-voile d’un côté et le génois de l’autre. Il faut bien assurer ses voiles car avec un vent plein arrière il est facile d’empanner la grand-voile (empanner veut dire que la grand-voile passe soudainement de l’autre côté du bateau, et si le mouvement est fait trop rapidement, on peut arracher pas mal de choses et être dans le gros caca!). Nous attachons une retenue de bôme sur notre grand-voile et nous filons un superbe 6 nœuds avec 10 nœuds de vent. Wouhou!

Naviguer en ciseau

À 16h45, il est clair que nous allons tout droit dans un grain (averse ou orage soudain et souvent fort). Ça ne nous tente pas, nous faisons faire demi-tour à Océo, nous prenons 2 ris et roulons le génois. Juste à temps, les rafales atteignent 25 nœuds et une petite pluie nous tombe dessus. En rebroussant chemin, nous avons évité le pire, et nous reprenons notre cap vers New York une heure plus tard.

Mais la mer ne l’entend pas ainsi. Les gros rouleaux générés par l’orages atteignent maintenant 6 pieds de haut. Rien de dangereux, mais tellement désagréable! Et pour aider, le vent est presque tombé, donc les voiles n’arrivent pas à stabiliser Océo dans les vagues.

Nous décidons de lâcher au moins un ris pour nous aider. AVERTISSEMENT : AVALANCHE DE TERMES TECHNIQUES ICI! Les ris sont ramenés au cockpit par un système de poulies qui passent dans la bôme. La bosse de ris a entraîné un des petits cordages du lazy bag dans une de ces poulies et tout est maintenant coincé. Je tire, je pousse, rien n’y fait. J’appelle Seb à la rescousse. Pas plus de succès. Seb prend ciseaux et pinces et coupe le cordage du lazy bag. Enfin, on peut lâcher notre ris. Faire des acrobaties, c’est bien, mais par une mer de 4 à 6 pieds de vagues, c’est pas mal moins amusant!

Même avec le ris lâché, le vent n’est pas assez efficace pour contrer la houle. Nous partons le moteur que nous garderons jusqu’à Atlantic Highlands.

Après l’histoire du ris, j’étais passablement découragée. Les traversées n’ont pas été faciles pour moi. On dirait qu’à chacune d’entre elles, il y avait toujours une raison de stresser, quelque chose qui brise, une mer démontée, des prévisions erronées… Je m’étais dit qu’en choisissant notre fenêtre pour être tranquilles, nous aurions peut-être une belle traversée de Cape May à New York et que je pourrais me réconcilier avec la chose. Mais ça n’aura pas été le cas. J’avais juste hâte que ça finisse…

Peut-être que la mer m’a entendue à ce moment (même si pourtant je n’avais pas parlé à voix haute!). J’ai couché les filles vers 21h et je me suis reposée pour prendre mon quart à 22h. Le vent s’est mis à souffler un peu et quand j’ai pris la barre, nous étions dans une petite houle confortable bien stabilisés par un vent constant de 10 nœuds.

Mon quart se passe sans encombre. Il y a un peu de lune mais ce qui éclaire l’océan, c’est surtout la pollution lumineuse de la côte. Nous sommes environ à 3 miles de là et la lumière générée me permet de voir la forme des vagues. Une fois n’est pas coutume, je suis contente qu’il y ait de la pollution!

Seb prend son quart à minuit. Je m’installe pour me reposer (nous dormons toujours à côté du barreur dans le cockpit au cas où il y aurait quelque chose), et une demi-heure plus tard Seb me réveille : il y a des crabs pots sur notre chemin. Des foutus crabs pots en plein océan par 60 pieds de profond! Comme nous sommes à moteur, c’est problématique. La lune vient de se coucher et je passe un bon vingt minutes à scanner l’avant du bateau avec notre méga lampe torche. Il y en avait 4 ou 5, puis plus rien. Peut-être que ce n’étaient pas des articles de pêche, peut-être était-ce des bouées de recherche… en tout cas, elles n’étaient pas sur les cartes et surtout pas dans les zones désignées de pêche ou d’étude. On a eu chaud!

Nous décidons aussi de ralentir la cadence sinon nous aborderons le port de New York avant le lever du soleil. C’est bien balisé et on peut même dire éclairé mais nous désirons nous ancrer de jour donc nous réduisons le régime moteur.

Quand je reprends la barre à 2h, le vent forcit un peu. Les modèles météo mis à jour en après-midi nous donnaient plein d’options qui n’existaient pas le matin-même.

Nous avions le choix de croire le modèle 1 : 12 nœuds de vent du sud, faiblissant au cours de la nuit.

Ou le modèle 2 : 15 nœuds de vent du sud-ouest avec rafales à 20.

Ou encore le modèle 3 : 19 nœuds de vent réel plus rafales du sud-ouest virant au nord-ouest à la fin de la nuit.

Misère. Filons donc en ligne droite jusqu’à New York pis on verra ce qui arrivera pour vrai! Un ris dans la grand-voile, le moteur qui roule à bas régime pour ne pas arriver trop tôt à Cape May, et en avant.

Je jette un œil fréquemment pour m’assurer qu’on ne croise pas d’autres flotteurs non identifiés. Nous ne sommes pas sur la route des grands cargos, pas trop de stress de ce côté. Nous croisons quelques petits bateaux de pêche mais il n’y a pas grand monde sur l’eau. C’est assez exceptionnel sur cette portion de l’océan.

À 4h, Seb se réveille comme avec un cadran interne et c’est son tour de prendre la barre. Le soleil qui se lève vers 6 heures me réveille, j’ai dormi comme un loir!

Lever de soleil sur l’Atlantique

Nous sommes à contre-courant pour entrer dans le port de New York. La marée descend vers nous mais le vent est très faible ce qui ne nous cause pas de vagues démesurées. À part aller juste à 3 nœuds, pas de désagrément. Nous nous ancrons derrière le brise-vagues d’Atlantic Highlands à 8h. Enfin. C’est fini.

C’est fini les traversées, la mer. Je suis contente, je suis triste. J’aurais aimé aimer les traversées. Me perdre dans des contemplations comme on en lit dans les livres, ou comme les amis nous les ont décrites, ceux qui les ont vécues. Ça n’aura pas été pour moi. Pas pour ce voyage-là.

Un comité d’accueil nous souhaite la bienvenue : 2 stingrays viennent jouer à la surface de l’eau autour d’Océo pendant que nous sirotons notre café. La Metta nous rejoint à ce moment, elle aussi arrive de la mer.

La Metta à Atlantic Highlands

Notre prochaine étape est de remonter la rivière Hudson. Pas d’arrêt à New York pour nous. Après le virus, peut-être reviendrons-nous profiter de cette ville si spéciale. Pour l’instant, reposons-nous de notre nuit de navigation!

Apprivoiser Cape May – 21 au 26 juillet 2020

Cape May, pour les terriens, c’est une jolie ville touristique où il fait bon flâner et aller à la plage. Pour des marins pauvres comme nous qui ne voulons pas passer tout notre budget en marinas dispendieuses, c’est une autre histoire.

Le seul ancrage digne de ce nom est coincé entre les bâtiments de la Garde Côtière et le canal d’entrée de Cape May, où circulent toutes sortes de bateaux en quantité assez phénoménale les fins de semaine d’été, ce qui génère un nombre de vagues impossible à répertorier.

La plage de Cape May est à environ une heure de marche. L’épicerie une demi-heure. On laisse l’annexe au quai d’un restaurant sans trop savoir si c’est vraiment permis, il n’y a aucune indication pour nous aider. L’accès à terre n’est donc pas facilité comme d’autres destinations. Et avec la chaleur intense des mois d’été, les excursions à terre ne sont pas très tentantes.

Qu’à cela ne tienne, soyons créatifs. Je suis allée passer du temps à Higbee Beach avec Daphnée et Livia. Nous voulions aller à la plage sans avoir à marcher une heure sous le soleil de plomb (il fait presque 40 degrés ces jours-ci). Nous avons pris Zozo et avons navigué 4 miles dans le canal de Cape May. Nous nous sommes retrouvées dans la Baie du Delaware avec une magnifique et immense plage. Les filles ont pu courir autant qu’elles voulaient!

L’eau à Cape May est agréablement fraîche. Malgré que nous ne nous baignions pas avec les méduses, nous nous arrosons avec plaisir de cette eau rafraîchissante. Avec la canicule incessante depuis la mi-juin, l’eau de la mer était toujours trop chaude pour nous soulager de la chaleur. Ici, on est bien!

Nous voyons aussi nager des horseshoe crabs autour d’Océo. Ils semblent flotter à la surface comme une noix de coco! J’aime bien ce petit animal, même si nous avons appris qu’il fait partie de la famille des scorpions!

Le 21 juillet, nous faisons le plein et nous préparons Océo pour le départ en milieu de matinée. Le 22, nous revérifions une dernière fois la météo. Pop. Un avertissement apparaît : veille d’orages violents pour toute la côte, de Cape May à New York, de 1h l’après-midi jusqu’à tard en soirée. J’aime pas les orages. En peu de temps, nous prenons la décision de ne pas partir. Pour une fois qu’on était prêts! Le départ sera remis à plus tard, le temps de laisser passer le front stationnaire qui génère ces orages.

Nous trouvons à nous occuper sur le bateau. Seb a travaillé fort pour voir ce qui clochait avec le guindeau. Pas de diagnostic final mais il va un peu mieux. Espérons qu’il survivra jusqu’au Lac Champlain, après on avisera.

Les filles font un calendrier des jours qui restent avant de retourner à la maison. Elles ont de plus en plus hâte, maintenant qu’elles savent que ce jour approche. C’est notre nouveau but.

Douce Sassafras, pénible Delaware – 16 au 20 juillet 2020

Départ d’Annapolis le 16 juillet pour une destination très attendue: la Sassafras river et son eau douce!

Nous en avions envie depuis longtemps : une baignade en eau douce!! Oui, j’y ai même goûté pour être certaine! L’eau n’y est pas très claire, elle est pleine de sédiments. Par contre, pas de sea nettles (jelly fish, méduses) ici. Nous nous ancrons en compagnie de La Metta.

Une première exploration nous emmène sur une plage mi-sable, mi-roche. Les filles en font provision pour éventuellement peindre des « cool rocks ».

Le lendemain est entièrement dédié aux sports nautiques. Les grands partent tout seuls en kayak et paddle et nous embarquons Livia sur le EZ ski. Ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas sorti lui! Finalement tous les enfants auront eu leur tour et se sont débrouillés comme des pros.

Livia qui aime le ski nautique

Le 19 juillet, il est temps de partir de notre douce Sassafras. Nous levons l’ancre vers 9h et nous nous dirigeons vers le C&D (Chesapeake and Delaware) canal. Navigation sans encombre, à moteur parce qu’il y a une interdiction de voile dans le canal. Nous profitons un peu du vent que nous génère notre avancée parce qu’il fait TRÈS chaud!

Nous faisons une navigation de 6 heures qui nous mènera dans la baie du Delaware.

Plan A : s’ancrer derrière le breakwater de Reedy point.

Plan B : espérer à tout prix que le plan A marche parce que les options dans la Delaware sont pas mal limitées.

Il y a bien l’option de se rendre à Reedy Island mais à l’automne, un bateau a frappé un mur sous-marin (ce mur est sorti de l’eau juste à marée basse, et pas sur toute sa longueur). La quille a frappé tellement dur que le fond du bateau a ouvert et laissait entrer beaucoup d’eau. Ils s’en sont bien sortis, et après plusieurs mois de travaux ont réussi à poursuivre leur périple. Mais on n’a pas très envie d’utiliser cette option d’ancrage.

La jetée de sortie du C&D sur la Delaware

On sort du C&D et on entre dans la Delaware. Nous cherchons la « patch » de 12 pieds de creux annoncée sur les cartes pour nous ancrer. Nada. Pas de 12 pieds. Partout il y a entre 21 à 25 pieds de creux à marée basse. On a beau passer et repasser, on ne trouve pas où s’ancrer. Le stress monte, les vents aussi. S’ancrer dans du 20 pieds, ce n’est habituellement pas un problème, mais quand il y a des marées de 6 pieds, ça a un gros impact et nous n’avons pas assez de chaîne pour laisser aller une touée sécuritaire.

Que fait-on? Il y a des ancrages plus loin… on pourrait descendre la Delaware de nuit (mais avec des vents contre courant on va se faire brasser solide), on pourrait… aller s’ancrer à Reedy Island… merdouille, ok, allons à Reedy Island.

Nous entrons dans le canal nord. Un haut fond à 7 pieds est indiqué mais nous sommes à marée montante… On va TRÈS tranquillement… et ça passe, on n’accroche rien et on se retrouve dans 15 pieds d’eau. Ouf.

Nous pouvons nous ancrer juste à l’entrée de ce chenal mais nous ne sommes pas protégés des vagues à cause de l’orientation du vent. Double merdouille, ok, allons vraiment derrière Reedy Island, on négociera avec le mur sous-marin demain.

Juste comme on prend cette décision, on entend un appel de détresse sur la VHF : quelqu’un vient de sauter du pont de Reedy Point. Nous y étions à peine trois quart d’heure plus tôt… Ce pont est tellement haut… nos cœurs sont tristes, le sauteur n’a probablement pas survécu.

Les journées qui ne sont pas faciles semblent l’être jusqu’à la fin. Arrivés derrière Reedy Island, je m’en vais à la proue pour descendre l’ancre. Le guindeau rechigne, se plaint, manifeste son désaccord. Le guideau (électrique dans notre cas) est ce qui permet de remonter la chaîne et l’ancre sans effort.

Mon ami le guindeau

Comme nous avons acheté une grosse Rocna de 25 kg pour notre voyage, remonter ça à bras, avec de la grosse chaîne 3/8, c’est pas mal pesant! Donc je ne veux pas ça! Je cajole mon petit guindeau chéri qui se met à coopérer un peu mieux. Bien sûr, je suis en train de DESCENDRE la chaîne, mais je me mets à penser que demain matin, nous partons tôt pour nous rendre à Cape May, et il va falloir la REMONTER.

Je décide que je reporte ce problème à un peu plus tard quand même, vu que les vents se sont bien levés et que nous sommes bien ancrés (sécuritairement) avec 150 pieds de chaîne.

Pendant que nous prenons notre petite bière d’après navigation, je raconte à Seb que le guindeau n’est pas content. On se dit qu’on remontera l’ancre un peu plus tôt le lendemain au cas où sa saute d’humeur ne lui aurait pas passé.

Nous prenons le temps de regarder les cartes. Le mur sous-marin est bien visible sur toutes nos versions de cartes (ce qui n’était pas le cas du bateau qui l’a frappé à l’automne). La section sud pour le contourner semble assez large et sans trop de problème pour éviter les roches affleurantes du canal de sortie. Nous passerons donc par le sud pour sortir demain matin, en prenant bien soin de dépasser amplement la dernière bouée qui marque le mur.

Notre ancrage de Reedy Island

20 juillet

Nous postons Mathilde au disjoncteur du guindeau. Il fait encore des siennes et ne veut pas remonter la chaîne, et le disjoncteur s’ouvre fréquemment. Nous réussissons tout de même à rentrer notre 150 pieds de chaîne et nous partons sur la Delaware, au moteur-génois.

Départ sur la Delaware

Seb et moi sommes d’accord, la Delaware, on ne l’aime pas. Elle nous offre tout de même une belle navigation aujourd’hui, pas trop de vagues, un petit vent stabilisateur. Mais le courant, quelle plaie! Nous pouvons profiter d’environ 5 à 6 heures de courant favorable pour descendre la Delaware, nous avons 60 miles nautiques à parcourir. En se disant qu’on fait 5 nœuds de moyenne, nous en avons pour 12 heures. Donc un bon bout de chemin à 4 nœuds, puis un petit bout de chemin à 8 nœuds et demi, sans changer de régime moteur! Notre timing était quand même bon, départ de l’ancrage à 8h, nous avons attrapé le courant vers midi et sommes arrivés à Cape May vers 17h30. Enfin, elle est derrière nous!

En arrivant à l’embouchure de la baie du Delaware, nous avons eu la bienvenue d’un comité d’accueil très désagréable : des milliers de mouches piqueuses. Je ne mens pas, des milliers. Pendant que l’un de nous barrait, l’autre tuait, tuait, tuait des mouches sans arrêt. Nous avons ainsi pensé rebaptiser notre bateau : le Flies Cemetary!

Arrivés à l’ancrage devant la Garde Côte américaine, nous sommes heureux, il y a de la place. Nous jetons l’ancre, de peine et de misère (il faut maintenant arranger ce guindeau!). Et comme Cape May est un ancrage à comportements bizarres, nous avons dû nous réancrer deux autres fois, questions de garder une distance avec nos voisins. Évidemment, c’est quand on fait face à ce genre de situation que le guindeau nous fait défaut. Soupir.

Nous devons prendre la mer pour nous diriger vers New York le 22 juillet. Il ne nous manque qu’un peu d’eau et de diesel et nous serons prêts. Nous avons constaté avec surprise que notre consommation de diesel a presque doublé par rapport à notre consommation habituelle. Peut-être traînons-nous une trop grande colonie de barnacles sous le bateau, ou peut-être que le courant nous a fait travailler très fort dans la Delaware. À surveiller!

Images en vrac de la Sassafras à Cape May

Prêts pas prêts, on y va! – 11 au 15 juillet 2020 – Deltaville, VA à Annapolis, MD

Le matin du 11 juillet, nous voyons la pile de vaisselle de la veille (priorité au souper avec les amis!), les kayaks qui ne sont pas attachés, les cordages qui n’ont pas servi depuis des lunes… et on se dit qu’on partira… quand on partira!

Nos amis de Subtil larguent les amarres très tôt le matin. Ces quelques heures de décalage avec nous feront en sorte qu’on ne se recroisera pas.

Bon voyage, ami Subtil!

Quant à notre tonne de tâches, finalement, tout était réglé assez rapidement. Vers 10h, nous appelons la marina pour aller au quai de service faire le plein d’eau et de diesel. Il ne nous en manque pas beaucoup mais on se dit qu’on préfère partir plein. La marina nous informe qu’ils terminent avec le bateau en place présentement et que nous pouvons y aller après. Malheureusement, nous réalisons vers 11h que ce bateau a un problème et est coincé au quai de service.  Nous attendons jusqu’à presque midi, et comme la marina est en silence radio, nous décidons de lever l’ancre et de partir même si le plein n’est pas fait.

Un capitaine bien content de lever l’ancre

Arrivée à Mill Creek vers 18h15 après une belle journée de voile pépère bien agréable. On faisait seulement du 3-4 nœuds de vitesse mais avec des vents de 8 à 10 nœuds maximum, c’est très bien!

Mill Creek est toujours aussi magnifique. Le ciel y semble plus immense qu’ailleurs. Les méduses sont à leur plein développement, on les compte par dizaines tout autour du bateau. Nous avons droit à un coucher et un lever de soleil splendides. La nature m’émerveillera toujours.

Nous avions décidé de repartir tôt le lendemain, question d’avaler les miles nautiques. Une journée sans vent nous attend, ce sera donc du moteur. Au moins, comme il sera tôt en matinée (départ vers 7h), le moteur aura le temps de refroidir un peu. On va espérer que ce ne sera pas trop inconfortable pour dormir.

De mon côté ça fait plusieurs nuits que je dors dans le cockpit. Il y fait beaucoup plus frais qu’à l’intérieur. L’inconvénient est qu’il y a quand même beaucoup d’insectes piqueurs. Je dois me couvrir d’un drap léger mais comme mon sang semble moins bon à boire que celui de Seb, je dors quand même très bien!

12 juillet

Départ de Mill Creek vers 7h.

Lors d’un de mes passages à la proue pour une vigie, je remarque des centaines, voire des milliers de méduses qui nagent juste sous la surface de l’eau. Avec une température de 33,4 degrés Celsius, l’eau a toutes les qualités d’une méga pouponnière!

Nous entrons dans le Maryland vers 9h15. Bye bye Virginie, merci pour ton accueil si généreux.

Un autre état, des mesures différentes pour le COVID. C’est vrai, il faut penser à ça. Le virus semble si loin de nous. Nous passons le plus clair de nos journées au milieu d’un plan d’eau, entre nous, en famille… On sent pourtant une frénésie, presque une panique parfois, aussitôt que nous approchons des lieux habités.

Nous arrivons à la marina Spring Cove à Solomons vers 15h30 pour faire le plein. Il était peut-être question de continuer pour profiter du bon vent mais l’arrêt a sapé notre énergie. Nous réalisons en fait que nous sommes brûlés, nous ne sommes plus habitués de naviguer aussi intensément. Nous jetons l’ancre juste à côté du musée Calvert dans Back Creek.

Nous prenons un apéro nachos/guacamole et une fois n’est pas coutume, pas de souper ce soir! Je prépare des assiettes de crudités et de fruits et tout le monde est libre de grignoter si il a encore faim. Je crois que la chaleur a affecté nos estomacs, personne n’a senti le besoin de le remplir!

13 juillet

Re-départ. Nous sommes très hésitants sur les prochaines étapes. Nous ne pensons pas atteindre la baie du Delaware pour la « fenêtre » de mardi et ses vents du nord.

La décision crève-cœur est de ne pas s’arrêter à St Michaels. Nous ne voulons pas vraiment aller à terre. Nous aimerions aussi trouver un endroit où l’on peut se baigner. Et St Michaels est un détour… Avec un pincement au cœur, nous nous dirigerons plutôt vers Annapolis, question d’efficacité. Ensuite, nous pourrons mettre le cap sur le nord de la Chesapeake où il y a paraît-il de l’eau douce. Et peut-être, si nous avons à attendre une fenêtre pour se rendre à Cape May, pourrons-nous profiter d’une plage et/ou d’une baignade agréable.

Malgré qu’elle soit au moteur, la navigation d’aujourd’hui est très douce. Petit vent « dans face », un peu frais, couverture nuageuse parfaite, Germain qui barre, le bonheur!

C’est une Annapolis bien calme qui nous accueille. À peine quelques bateaux au mouillage, un peu de gens qui se promènent sur le bord de l’eau, mais c’est tout. Encore une fois nous passons sur l’option d’aller à terre. On se dit quelques fois qu’on est peut-être trop prudents, mais on préfère ça à un scénario catastrophe de retour au Québec pour se faire soigner.

Sans l’avoir prévu, nous resterons 3 nuits à Annapolis. Repos et planification météo au menu. C’est qu’on commence à sentir l’appel de la rivière Hudson avec un peu plus d’insistance depuis notre départ de Deltaville. On a bien hâte d’y être!

Derniers jours à Deltaville. Au menu : chaleur intense! – 24 juin au 10 juillet 2020

Je croyais que j’avais une bonne résistance à la chaleur. Celle de Virginie au mois de juillet, elle est intense! Température MOYENNE : 32 degrés le jour, 26 degrés la nuit. Chaud. Pendant longtemps! Assez pour avoir envie de passer du temps dans les salles de bain climatisées de la marina. Ou encore dans le cockpit d’Océo. Nous sommes vraiment bien à l’ancre, le vent nous rafraîchit (un peu!).

Même la piscine a déclaré forfait. Elle est devenue chaude comme un spa juste avec les rayons du soleil! On en a tout de même profité à plein, surtout les filles avec les amis. Elles sont devenues de vrais poissons dans l’eau. Livia nage maintenant sans flotteur et tient sous l’eau pendant 15 à 20 secondes. Impressionnant! Daphnée fait des culbutes à répétition, son record est de 7 d’affilée.

Notre dernière petite sirène

Nous étions contents lorsque nous avons vu que la météo nous annonçait de la pluie pour quelques heures. Nous en avons profité pour nous rafraîchir!

Les gens qui habitent ici nous ont dit que les températures actuelles n’étaient pas hors norme, peut-être même un peu moins chaudes, mais habituellement c’est accompagné de beaucoup plus de pluie, ce qui n’est pas le cas cette année.

La chaleur et la séclusion de Jackson Creek, le bras d’eau où nous sommes ancrés, font en sorte qu’il y a beaucoup de vie marine. Il a fallu gratter la coque d’Océo car des barnacles s’y sont collées. En fait, Seb a gratté seulement ce qu’il a pu à bout de bras à partir de Zozo (parce qu’il n’était pas question de mettre un orteil à l’eau, avec les requins, méduses, serpents et toute sorte de vie marine un peu gluante). C’est un milieu très prospère pour la vie marine mais pas très inspirant pour la baignade (quoique les locaux se baignent, eux).

Méduse Deltavilienne

Comme le temps est au très beau fixe, on a pu en profiter pour faire plein de soupers BBQ à la marina avec les bateaux amis. Un baume sur nos émotions un peu malmenées par le fait de ne pas pouvoir rentrer au Québec plus vite avec Océo.

Les travaux des écluses semblent aller bon train. Toutes les écluse du canal Champlain ont été ouvertes le 26 juin. La dernière, celle de Whitehall, est toujours prévue pour le 10 août. En espérant qu’il n’y aura pas d’autres retards et si nous sommes chanceux, peut-être ouvrira-t-elle-même plus tôt.

Sous le vent qui nous quitte, le premier d’une série de départs

Nous avons eu droit à plein de petits moments de bonheur. Entre autres, les grandes sont allées suivre un cours de yoga avec Marianne. Elles étaient bien fières de pouvoir faire un cours avec des adultes, en anglais en plus!

Cours de yoga, gracieuseté Marianne, merci!!!

Elles ont aussi organisé un party de danse spontané sur le pont du bateau avec les amis de La Metta à l’ancre pas très loin. On branche le haut-parleur et hop, musique! Tout le monde s’en donne à cœur joie. Moments magiques!

Party de danse improvisé

Nous avons également souligné plusieurs étapes importantes. On a célébré la fin de l’année scolaire le 30 juin. Dans mon plan initial, j’avais pensé terminer l’école en mai, mais avec toutes les circonstances que nous avons rencontré, le 30 juin, ça me semblait très raisonnable! Nous avons fait une petite fête pour nos « gradués ». Et les enfants ont fait une haie d’honneur pour le symbole du passage à la prochaine année.

Il y a aussi eu le départ de Maude et Mathieu qu’il fallait fêter. Ils nous ont généreusement partagé leur vin grec (qui est excellent soit dit en passant!). Donc du vin grec pour célébrer entre amis Québécois aux États-Unis. C’est ça le multiculturalisme?

Merci Maude et Mathieu

Le 4 juillet, impossible de ne pas se rappeler que nous sommes aux États-Unis. Pourtant, je fais un petit « retour » au Québec par moyen détourné : je suis invitée à l’émission de radio de Franco Nuovo, Dessine-moi un été, dans la section des Grands Navigateurs. Déjà, je me sens un peu imposteur. Moi, une grande navigatrice? Et pourtant, on regarde le chemin parcouru, la préparation, les expériences de navigations vécues… et on se dit qu’on est pas mal fiers de nous. Et je suis aussi pas mal fière de mon passage à la radio, moi la gênée « devant la caméra », je trouve que je me suis bien débrouillée!

https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/dessine-moi-un-ete/episodes/467503/rattrapage-du-samedi-4-juillet-2020

Nous pensons souvent à Ève Christian, Deltaville semble un endroit idéal pour observer les nuages (ils ne cachent pas assez le soleil par contre!!).

Le soir du 4 juillet nous avons droit aux traditionnels feux d’artifices, autant des professionnels que des voisins dans leurs cours. Ce qui fait que nous sommes entourés de feux. Avec une grosse lune magnifique, on est gâtés.

Feux et lune

Le 7 juillet, c’est le départ de La Metta. Nous espérons les revoir plus haut dans la baie de Chesapeake mais comme on ne sait jamais de quoi seront faites les navigations, on a un peu le cœur gros, sans le dire.

Départ de La Metta

Une fenêtre de départ se dessine pour nous aussi. En fait, depuis un bout de temps, Seb a TRÈS hâte de se remettre en route. Nous avions calculé un départ à partir du 12 juillet question de timing pour ne pas arriver trop vite dans l’Hudson et faire la queue pour les écluses… mais le 14 juillet prochain, un beau petit vent du nord se pointe, parfait pour descendre la Baie du Delaware sans trop se faire souffrir. Si nous voulons profiter de cette fenêtre, nous devons quitter Deltaville au plus tard le 11 juillet. Nous ne sommes pas encore certains de vouloir hâter autant notre départ mais nous ne voulons pas non plus manquer cette chance. Alors nous nous mettrons en route et nous verrons ce que la mer nous amène.

Le 10 juillet est donc jour de courses. Épicerie, quincaillerie, retrait bancaire et magasin du dollar (qui, ici à Deltaville, est en fait une mini épicerie). Vive la voiture de courtoisie de la marina!! On fait également le gros lavage et on prend une dernière douche (on ne sait pas si on pourra en reprendre une « vraie » avant le lac Champlain).

On célèbre le départ en soupant avec Danielle et Jean de Subtil. Eux aussi quittent demain, probablement un peu plus tôt que nous.

Nous aimerions faire beaucoup de voile, question de ne pas produire trop de chaleur dans le bateau avec le moteur. Les vents annoncés sont dans la bonne direction mais un peu faibles. On verra bien jusqu’où ça va nous mener!

Quelques images de nos derniers moments à Deltaville:

Comme une colonie de vacances… ou presque – Deltaville 1er au 23 juin 2020

Les jours s’écoulent rapidement, tout en étant lents et heureux.

Nous avons rencontré la famille de La Metta, un trimaran québécois. Les enfants ont fusionné et passent toutes leurs journées ensemble, avec Anouk de Boreal Blues (qui a dû nous quitter depuis malheureusement!).

Que ce soit pour planifier des BBQ à la marina, un feu de camp sur le bord de l’eau, ou encore faire un projet ambitieux de construction de village rustique, les enfants ne s’ennuient jamais. Le lieu est idéal, grand terrain de jeu pour les petits esprits en ébullition.

Il est donc difficile de terminer l’école dans ces conditions! Nous avançons pourtant très bien, le français et les mathématiques sont terminés et nous pratiquons l’anglais tous les jours au fil de nos rencontres. Les enfants passent plusieurs heures par jour à la piscine et à courir dans le champ, l’éducation physique est amplement couverte. Par acquis de conscience, nous ferons quelques activités de sciences et d’art et l’année sera officiellement terminée! Fiou!

Comme la natation est une activité quotidienne, les progrès des filles sont fulgurants. Livia nage bien sans flotteur la plupart du temps, elle tient 10 secondes la tête sous l’eau et saute de tous les sens possible dans l’eau. Même pas peur! Daphnée réussit à faire 5 culbutes d »affilée sous l’eau et Mathilde fait des longueurs au crawl et tout plein de figures sous l’eau!

Plusieurs célébrations ont eu lieu. Le départ de Boréal Blues vers le nord, le départ de Luc et France des 4 voiles vers le Québec en voiture, la fête des jumelles de La Metta et aussi la fête des Pères conjuguée à la fête de Jean de Subtil… beaucoup de bonnes raisons de venir passer nos soirées au gazebo/crab shack de la marina.

On discute évidemment de l’évolution des travaux des écluses. La date d’ouverture pour toutes les écluses (sauf Whitehall) a été devancée au 26 juin. Pour Whitehall, la date pour une ouverture le 10 août semble toujours tenir. Ce qui devrait nous donner un départ d’ici autour du début juillet.

Il est difficile de réfléchir en fonction du virus ici. Presque pas de cas dans le comté en plus du fait que nous vivons en plein air à plein temps. Nous portons le masque à chaque sortie au village mais la menace semble lointaine.

Si nous avions poursuivi notre voyage, nous n’aurions pas vécu cet arrêt « colonie de vacances ». Nous sommes déçus de ne pas avoir eu l’occasion de connaître toutes ces îles des Antilles. Mais nous n’aurions jamais eu le courage de prendre le temps de nous arrêter autant ni aussi longtemps quelque part. Et cette pause forcée a assurément un effet bénéfique sur tout le monde. Merci Deltaville Marina. Merci Boreal Blues. Merci La Metta. Merci Subtil et merci Sous le vent.

Voici plusieurs belles images de notre séjour à Deltaville.

Deltaville. Stop. – 14 au 31 mai 2020

Déjà 17 jours que nous sommes arrivés à Deltaville. Le temps a pris une toute autre dimension.

Les travailleurs de l’état de New York (des écluses) sont finalement retournés au travail. L’échéancier donné pour l’ouverture complète du canal Champlain est le 10 août. Une seule écluse pose problème: l’écluse de Whitehall, la C12, celle qui est la plus au nord et qui ouvre les portes du lac Champlain. Les autres écluses pourraient ouvrir le 4 juillet mais il n’y a pas beaucoup d’options d’ancrage ou de marina dans le canal Champlain. Donc pas d’urgence de remonter au nord.

Il nous reste deux options si nous voulons hâter notre retour au Québec: passer par les maritimes, ou sortir le bateau de l’eau. Si nous choisissons cette dernière option nous le ferons dans le coin de Deltaville. Et nous louerions une voiture pour retourner au Québec.

Mais ça ne nous tente pas. Oui, nous avons très hâte d’être de retour à la maison. Mais ce serait beaucoup de coûts et d’incertitude. Les frontières vont-elles rester fermées longtemps? Y aura-t-il une deuxième vague qui nous empêcherait de revenir chercher notre bateau plus tard? Allons-nous enlever tout le gréement d’Océo, l’hiverniser, remplir un camion de déménagement et revenir… en quarantaine au Québec?

Les Maritimes posent également beaucoup de contraintes. Le brouillard et le froid entre autres. Et aussi, des gens que nous connaissons y sont maintenant parvenus et font face à plusieurs restrictions. Il est bien sûr interdit de se promener à terre, parfois même difficile de se ravitailler.

Notre dernière option, malgré que nous aurions à faire face à une très longue attente, serait de rester ici, à Deltaville. Il faut dire que nous y sommes TRÈS bien.

À notre arrivée, Maryse de Boréal Blues s’est assurée que nous soyions au courant de tous les petits trucs et astuces de la place.

Le propriétaire de la marina et son petit-fils, Dennis et Lucas, sont très accueillants. On peut rester à l’ancre et payer un frais d’utilisation pour les facilités de la marina, qui incluent toilettes et douches propres, lavage, terrain immense pour se dégourdir les jambes et surtout, une superbe piscine qui fait le bonheur des filles (et de nous aussi, surtout quand il fait très chaud!).

Nous pouvons aussi aller marcher dans le sentier nature qui mène au musée de l’autre côté du boisé. Le musée est fermé mais la promenade vaut la peine, la forêt est superbe et on y croise même des chevreuils régulièrement!

J’ai aussi osé prendre le véhicule de courtoisie pour aller faire une épicerie. Tout le monde ici porte un masque, les gens prennent le virus au sérieux et se dotent des moyens pour éviter la propagation. C’est peut-être pour ça qu’il n’y a presque pas de cas de COVID dans les environs.

Nous nous sentons assez en sécurité pour « fréquenter » des gens. Nous avons la chance d’être à l’ancre avec plusieurs bateaux québécois: Boréal Blues, Sous le vent, Subtil, Au gré des vents… François de Alegria nous avait aussi rejoint pour un temps. Ça faisait longtemps que nous n’avions pas eu autant d’amis francophones pour nous entourer.

Les filles aussi sont contentes, elle se sont enfin fait une amie qui parle français! Et on a pu faire un échange de livre! C’est bien de voyager en pays étranger, mais ça fait du bien de reconnecter avec nos racines!

Préparation d’un échange de livres

À Deltaville, je me sens totalement hors du temps. Il m’est impossible de me rappeler les dates exactes de notre arrivée, du jour de l’épicerie, du dernier lavage… Nous laissons la vie nous mener doucement. Ça fait drôlement du bien!

Vous devinez donc que notre option privilégiée est d’attendre ici que les écluses ouvrent. Oui, nous resterions environs 2 mois au même endroit. Mais comme pour l’instant tout est fermé, et même si tout ouvrait, voudrions-nous aller visiter une grande ville comme Washington? Ou aller fréquenter des tonnes de petites plages où les risques de contracter le virus est plus grand? Nous avons arrêté notre périple de deux ans pour mettre notre famille en sécurité. Nous pensons donc que notre choix le plus conséquent est de nous exposer le moins possible. Ici, on se sent bien.

Alors ici ce sera. Pour l’instant.

C’est pas parce qu’il y a COVID qu’on ne vit plus d’aventures… Great Bridge, VA à Deltaville, VA – 8 au 14 mai 2020

Départ à contrecoeur de Great Bridge, après avoir un peu étiré la limite de temps permis…

Une dernière petite marche sur le quai

Nous faisons le plein de d’eau et de diesel à la marina juste en face, le Atlantic Yacht Basin. 1,49$ le GALLON de diesel. Je crois qu’on ne reverra plus jamais ça!

On fait ouvrir le pont de Great Bridge à 9h et nous voici devant l’écluse. Les filles ont grandi depuis l’année dernière et elles veulent participer aux manœuvres. En temps de virus, l’éclusier ne vient pas pour prendre nos amarres alors je prends la gaffe pour aller faire le tour des taquets. Je donne l’amarre avant à Mathilde puis je cours donner l’amarre arrière à Daphnée. Mes grandes font ça comme des pros et déjà la porte s’ouvre pour qu’on sorte. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps d’immortaliser ces moments en photos!

Notre capitaine trouve enfin des ponts à son goût! Pas trop de stress pour passer en-dessous de ceux-là!

Nous faisons notre retour dans la Elizabeth river, en direction de Norfolk. La nostalgie commence à s’installer. C’étaient nos balbutiements dans l’Intracostal, il y a tout juste 6 mois de cela. On sent qu’ici commence la fin, la fin du voyage. Nous ne savons pas encore de quoi notre avenir marin sera fait, et comme nous sommes en temps de crise, il faudra y aller étape par étape.

Un de nos derniers ponts à faire ouvrir (lever dans ce cas-ci!)

Nous nous arrêtons après seulement 12 miles de navigation ce jour-là, ancrés à Portsmouth au mile 0 de l’Intracostal, là où nous avions affronté une de nos belles tempêtes à l’automne. Le mouillage est en milieu urbain, il n’empêche que la vue est vraiment magnifique. Deux villes se font face, Portsmouth la vieille et Norfolk la moderne. Nos yeux se fixent souvent sur le musée Nauticus. Un de nos grands regrets du retour, ne pas pouvoir y retourner.

Mais pour éviter de trop rester dans la nostalgie, il nous fallait bien un peu d’action. Alors quelques heures après nous être ancré, nous constatons avec surprise que le trawler ancré devant nous se met à chasser. Son ancre s’est décrochée et il dérive. Heureusement pas vers nous mais plutôt vers un autre voilier. Les vents se sont levés mais ils ne sont pas encore stables dans leurs directions, ce qui fait que le bateau moteur dévie de sa course et évite le voilier. Nous jouons de la corne (de brume) pour avertir les gens à bord du trawler mais nous réalisons vite qu’il n’y a personne à bord. J’appelle la Coast Guard mais je n’arrive pas à capter leur réponse au VHF. Malgré tout je leur explique où nous sommes et qu’un bateau est en train de dériver.

Le trawler a maintenant décidé de se lancer vers un autre voilier. Nous jouons encore de la corne et les occupants sortent juste à temps pour tirer sur leur chaîne et éviter la collision. Le bateau dériveur sort finalement de la zone de mouillage et traverse la Elizabeth River en direction de la rive opposée, vers le musée Nauticus à Norfolk.

Je vois tous ces gens qui circulent sur l’eau, plaisanciers, remorqueurs, barges, commerciaux… et je me dis que voilà ma première obligation de faire un appel de sécurité. Je suis de nature gênée, et j’ai vu comment faire seulement dans mes cours de VHF il y a longtemps. Et je suis aux États-Unis. Mais tant pis, je lance mon appel. Pas grave si ce n’est pas parfait dans les règles de l’art!

Personne n’arrêtera le bateau dans sa dérive. Pas même la petite vedette de sécurité portuaire qui est passé à côté, sans même réaliser que ce bateau en plein milieu du canal n’avait pas de conducteur! 

Le trawler a cogné le quai de l’autre côté de la rivière où des gens sont finalement venus le sécuriser.

Avec toute la circulation marine dans ce port, il est étonnant qu’un bateau puisse se promener si librement et poser de grands risques. La Coast Guard est arrivée une heure plus tard et est venue nous demander le compte rendu de ce qui s’était passé.

Pour laisser passer un froid persistant nous sommes restés 5 jours à Portsmouth. Rattrapage d’école, petit ménage, journées douillettes.

Liv s’ennuie de son chien-jouet baptisée Everest, elle l’a donc dessinée!

Et puis on avance. Le 13 mai nous quittons Portsmouth. Passer le port de Norfolk est toujours une expérience en soi. Nous avons la chance de circuler en même temps qu’un sous-marin, ce qui fait que la US Navy nous escorte pour une partie du chemin! Et nous croisons aussi des bateaux de tous gabarits, certains plus impressionnants que d’autres.

Nous nous rendons à Hampton au quai gratuit de la marina municipale. Quelques heures pour remplir nos réservoirs d’eau et se faire livrer une épicerie et une commande du liquor store (ça prend du vin et de la bière!!). L’accueil du personnel de la marina est plus que chaleureux, l’endroit est magnifique en plein milieu de la proprette ville universitaire de Hampton. Ça donne le goût de rester et de visiter… peut-être une autre fois!

Nous allons nous ancrer dans la baie voisine, à Mill Creek. Ce n’est pas une baie à proprement parler, il s’agit d’un petit espace entre le pont-tunnel et la berge, plus ou moins garni de crab pots. Nous y sommes bien protégés et nous dormons bien.

Le lendemain, nous entrons dans une baie de Chesapeake très calme. Le temps semble être sur pause, nous avançons doucement. Nous prenons même le temps de rêver un peu. Que ferons-nous de notre prochaine année? On ne sait pas, mais on veut qu’elle soit douce!

Aujourd’hui nous allons rejoindre des amis. Boréal Blues est depuis un petit bout de temps à Deltaville, tout comme Sous le vent et Subtil. Deltaville, c’est l’endroit où beaucoup de Canadiens sortent leur bateau de l’eau dans la baie de Chesapeake. Pas cher, bon service, un petit peu à l’intérieur des terres, parfait pour affronter un éventuel ouragan.

Mais est-ce notre option? Nous attendons de savoir si les écluses du canal Champlain vont ouvrir. Nous sommes malheureusement tombé sur une année de réfection majeure de plusieurs écluses. En théorie, tout devait être prêt pour une ouverture le 15 mai. Mais avec la pandémie, les travailleurs ont été renvoyés chez eux le 15 mars. Et comme l’état de New York est durement touché par le virus, et que nos écluses se trouvent dans l’état de New York, un gros doute plane sur la possible ouverture du canal.

Nous resterons donc à Deltaville le temps d’attendre les nouvelles des écluses. De là, nous verrons.

Caroline du nord et entrée en Virginie – 28 avril au 7 mai 2020

La Caroline du nord… Eh misère. Quand nous ne sommes pas dû pour apprécier un endroit, les éléments se conjuguent pour nous le faire mal aimer!

Je ne suis malheureusement pas au courant des saisons de pêche ici, mais je peux vous confirmer que la pêche au crabe est ouverte. Chaque mètre d’eau disponible pour nous ancrer est donc occupé par un crab pot. Ok, j’exagère encore. Parce qu’il faut évidemment distancer un peu les crab pots les uns des autres.

Voit-on bien le champ de mines (crab pots) sur la photo?

Pour ancrer Océo qui mesure 43 pieds et qui peut tourner à 180 degrés sur son ancre, il faut compter au moins 200 pieds de diamètre. Quand il n’y a pas de vents forts. Sinon, c’est un peu plus. Alors je dirais que les crabs pots, qui sont stratégiquement placés dans TOUS les ancrages disponibles, doivent être disposés aux 100 pieds. Résultat: pas de place pour ancrer un bateau, à moins de s’emberlificoter l’hélice dans les flotteurs.

Nous essayons tout de même de sonder quelques endroits mais impossible d’en trouver un qui permet assez d’espace. Nous décidons donc de retourner à notre ancrage de l’automne dernier, dans le haut de la Pungo River.

Ce mouillage nous semble un peu plus exposé que les autres que nous avons essayé mais tout de même potable pour les 32 noeuds annoncés.

Bon. La météo. Depuis que nous sommes sur la côte est, nous consultons la météo marine sur plusieurs sources. Mais nous n’arrivons jamais à avoir une source, qui sans être exacte, serait au moins proche de la vérité.

Nos 32 noeuds ont fini en 45 avec des pointes à 59. Heureusement, Océo n’a pas bougé d’un poil, grâce à notre super Rocna et au fond (de la belle grosse bouette) qui tient hyper bien dans la Pungo River. Mais il faut avouer qu’on est un peu tanné de toujours avoir à faire face à pire que prévu. Ça commence à jouer sur le moral des troupes.

Au moins, nous n’étions pas seuls pour affronter le gros temps. Un gentil couple est venu s’ancrer dans « notre » bras de rivière pour laisser passer les gros vents. Le voilier Mac Guffin.

Mac Guffin avec nous dans le gros temps

La dame me faisait des grands signes de bonjour pendant leur ancrage. Je crois qu’ils étaient heureux de ne pas être seuls!

Nous avons attendu 3 jours que les éléments se calment un peu.

Au matin du 1er mai, nous poursuivons notre chemin. Direction Buck Island au nord du Albemarle Sound.

C’était sans compter avec mère Nature qui a piqué une sainte colère cette journée-là. Nous étions à mi-chemin dans le Albemarle Sound quand il est devenu clair que si nous ne faisions pas demi-tour, on subirait les foudres de la Grande Dame, même si ce n’est pas nous qui l’avions provoquée.

Nous avons donc rebroussé chemin (ceux qui connaissent mon capitaine peuvent vous dire à quel point ce devait être impressionnant, parce que Seb, pour rebrousser chemin, ça en prend pas mal!).

En rentrant dans la Alligator River, nous voyons nos amis du Mac Guffin qui sont en train de s’ancrer. Comme nous avions déjà affronté du gros temps ensemble, nous nous ancrons à côté d’eux, ça nous inspire confiance. Affronter le gros temps ensemble, ça fait de nous presque des amis, sans même les avoir rencontrés!

Le lendemain, 2 mai, nous sortons de la Caroline du nord. Un peu malgré nous. Nous avions prévu nous ancrer avant le Currituck Sound. Mais l’ancrage que nous visions n’était pas assez profond pour nous, contrairement à ce que nous disaient les cartes. Comme le soleil se couche tard et que le temps est assez calme, nous décidons de poursuivre jusqu’à Great Bridge en Virginie où nous espérons avoir de la place au quai gratuit, juste avant le pont.

La Virginie nous accueille avec un coup de chance, il y a de la place au quai. C’est un endroit merveilleux, avec tous les services proches (même si nous ne sortons pas vraiment).

Nous faisons livrer une épicerie le lendemain, directement au quai où nous sommes. Puis nous avons la bonne surprise de voir nos amis du Mac Guffin arriver derrière nous. Enfin nous allons les rencontrer EN VRAI! Lynn et Scott sont vraiment sympathiques. Ils s’entichent de nos filles au premier coup d’oeil. Ils leur achètent même des petites surprises!

Nous faisons aussi la connaissance des gens de Pepromenon, un catamaran moteur. Ils sont très sympathiques. Si ce n’était pas de la distanciation, nous aurions fait des 5 à 7 géniaux! Ce couple a une maison dans le Delaware alors ils nous ont offert leur assistance si jamais on avait besoin de quoi que ce soit quand nous passerons près de chez eux.

Le hasard de notre voyage a fait en sorte que nous avons surtout lié connaissance avec des américains. Sans exception, ils ont tous été gentils, intéressés par la façon de fonctionner au Canada, et toujours prêts à nous offrir leur aide. La communauté de voileux américains prend soin de nous.

Nous avons pris notre temps et décidé de rester au quai. Ça nous a permit de rattraper un peu de retard scolaire et surtout de passer des nuits sans avoir à surveiller notre ancrage.

Mathilde en vidéoconférence avec des amis de sa classe, merci madame Julie!!

Nous nous sommes arrêtés illégalement pendant 6 jours au quai de Great Bridge. Les séjours sont limités à 24h. Les rangers sont venus nous avertir aujourd’hui que nous devions quitter au maximum demain, l’infraction de dépasser le 24h étant passible de prison (pas de niaisage, il n’y a pas d’amende, c’est la prison direct!!).

Nous quitterons donc demain (vendredi). C’est dommage, on annonce une nuit de gros vents et nous espérions la passer au quai. Mais bon, c’est pas 45 noeuds de vents annoncés qui vont nous impressionner. On a vu neiger quand même!

Un peu de tout dans les Carolines – 22 au 28 avril 2020

Nous sommes restés 6 jours en tout à Osprey marina. Un arrêt qui fait du bien mais qui donne des fourmis dans la quille. Mais pourquoi sommes-nous si pressés de bouger? Peut-être l’âme de nomade prend-elle le dessus sur le reste quand nous vivons sur l’eau.

Le pont de Socastee peut de nouveau ouvrir, la météo n’est pas si mal, alors go, on part vers le nord.

À la fin de la journée, la Caroline du sud est derrière nous. J’aurai au moins ajouté du beau à mes souvenirs : la Waccamaw River et la marina Osprey. Et un petit peu de beau temps, ça aide à apprécier les endroits que nous voyons.

Une chance que nous avons fait le plein d’énergie parce que les prochains arrêts en Caroline du Nord ne sont pas dans nos meilleurs souvenirs non plus. Peu de choix d’ancrages, souvent trop petits ou pas assez profonds pour nous.

À Southport nous nous ancrons au milieu de nulle part (on commence à y prendre goût), juste au nord de la bourgade. Il vente à plein mais notre ancre tient bon. Il est juste un peu flippant de voir nos traces de « spirographe » dans l’alarme d’ancre du iPad.

La journée suivante, je l’attendais. Depuis le début mars, nous n’avions pas mis le pied sur une plage. Quand nous sommes arrivés à Wrightsville l’an dernier, nous n’avions « pas le temps » d’aller à la plage et je m’étais promis d’y remédier au retour.

Il faut croire qu’il m’est impossible de tenir les promesses que je me fais. Quand nous sommes arrivés à Wrightsville (petite journée d’une vingtaine de miles, on peut profiter de l’après-midi, non?), notre ancrage près de la plage est entièrement occupé par deux barges de draguage, stationnées là pour le week end. Nous nous trouvons un petit espace près du canal plus au nord. Mais il vente 25 à 30 nœuds, il fait gris et probablement proche de 10 degrés celsius. Mel, va falloir oublier la plage. Encore.

Jolie Wrightsville Beach
https://youtu.be/ORfvK0y1PBY

On se cuisine un repas bien chaud et on se repose. Le lendemain sera une grosse journée et on doit partir tôt si on veut attraper le pont qui ouvre seulement à l’heure… On en a quelques-uns à synchroniser comme ça cette journée-là, ça tient occupé. Notre destination : Swansboro. Joli nom mais ancrage marmite. Ça dort moins bien.

Un ancrage marmite, c’est quand le bateau se met à faire des 360 degrés autour de l’ancre sans raison apparente. C’est souvent dans ces endroits qu’on voit apparaître dans l’eau des petits tourbillons circulaires. La petite baie de Swansboro est sujette à des courants forts et pas toujours logiques. Nous nous attendons toujours à ce que notre bateau soit face au vent ou au courant, selon celui qui gagne (qui est le plus fort). À Swansboro, nous étions dos aux vents (25 nœuds encore) et de côté au courant. Va savoir…

La marmite avait fini de bouillir au matin

Le 27 avril nous continuons notre route. Je regarde les plages que nous dépassons avec envie et nostalgie. C’est plus un état d’âme qu’une réelle envie d’être sur une plage, il fait quand même proche de 10 degrés et il vente fort (encore).

Destination cette fois : Adams Creek, juste avant la Neuse River. Cette dernière est à prendre avec précaution, un peu comme prendre la mer (pas aussi pire mais quand même). Nous avons donc décidé de nous arrêter pour la nuit et laisser les vents se calmer un peu.

Mais dans Adams Creek, les ancrages ne sont pas profonds. Les derniers relevés que nous avons ne correspondent pas à la réalité. Nous nous ancrons donc juste en-dehors du canal, quand même protégé du vent du nord qui nous siffle dans les oreilles.

Moment préféré de la journée, l’apéro

Nous installons les filles pour la nuit avec tuques, sacs de couchage et couvertures. On annonce 8 degrés. Brrrrrrr…

Au matin du 28 avril, le vent s’est tu. Pas une ride sur la surface de l’eau, c’est le calme plat. Que. Ça. Fait. Du. Bien!!! Enfin!

Adams Creek, calme plat

La Neuse River est un lac plat, sans fin. On a l’impression d’être sur la mer (sans les vagues). On enclenche Germain pour nous mener à notre destination du jour : Belhaven.

Neuse River, Caroline du Nord

Nous essaierons de trouver un bon ancrage parce que ce calme précède (évidemment) une autre tempête (j’exagère un tout petit peu, c’est juste du 32 noeuds annoncé!). Si tout va bien, on va stopper jusqu’à vendredi et poursuivre notre remontée.

Petit fait cocasse. Livia m’a demandé hier: maman, c’est quelle saison maintenant? Avant de répondre, j’ai pris un petit temps de réflexion… Pour une enfant de 5 ans qui se met à être consciente de son environnement, il est très étrange de « s’imaginer » ce que sont les saisons, surtout quand elles ne sont pas représentées devant elle. Chez nous, nous avons la fonte des neiges, le redoux des températures, les bourgeons qui apparaissent. Pour Livia qui voit des arbres remplis de feuilles, des gens en bateaux et à la plage à l’année longue, le représentation se fait carrément par la théorie. Ici le printemps, ça ne veut pas dire la même chose que chez nous!